Imaginer un salariat sans subordination

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Intervenant

Danièle LINHART est sociologue, spécialisée dans l’évolution du travail et de l’emploi.
Elle est directrice de recherche au CNRS, enseigne à l’université Paris X, et est membre du réseau Souffrance & Travail.

Pourquoi imaginer un salariat sans subordination ?

(Extrait de l’article de Danièle Linhart, intitulé « Imaginer un salariat de subordination », publié en juillet 2017 dans Le Monde Diplomatique*).

Pour avoir droit au statut de salarié dans le privé et de fonctionnaire dans le public, il faut ainsi s’engager à travailler dans le cadre bien spécifique d’une subordination permanente, c’est-à-dire de l’obéissance aux représentants de la direction, au cœur du contrat salarial. Mais, en raison des droits qui lui sont assortis, le statut de subordonné apparaît avantageux et même désirable, comme le montrent l’exemple des VTC ou celui des travailleurs qui se mobilisent pour ne pas en être éjectés et entament des combats de longue haleine, et parfois très violents, contre des plans de licenciements. Cette énergie du désespoir pour réclamer la pérennité d’emplois pourtant soumis à la dure réalité du travail subordonné a marqué le mouvement social — que l’on songe aux combats des Conti, des Goodyear, des PSA d’Aulnay…

Pourtant, il n’y a pas si longtemps encore, cette condition de salarié était rejetée par ceux qui rêvaient d’une société du travail émancipatrice, où les travailleurs n’auraient plus à subir l’exploitation et l’aliénation. Aujourd’hui considérée comme une sorte de fatalité, elle justifie le sacrifice qu’il faut consentir pour s’assurer d’un minimum de garanties sur l’avenir : une paye, un accès à la santé, des indemnités chômage, mais aussi la possibilité d’une insertion sociale et citoyenne dans la société, ainsi que la participation à une communauté de travail qui fait sens. La subordination, cette forme de renoncement à soi, est devenue plus que jamais un investissement, censé protéger contre la précarité matérielle et la perte d’estime de soi.

Bien qu’elle s’impose de plus en plus comme « naturelle », inéluctable, elle s’avère en réalité de plus en plus mal vécue. En témoigne l’étendue de la souffrance au travail, devenue omniprésente. Une telle dégradation du vécu est à mettre en rapport avec l’individualisation grandissante du statut de salarié.

Mardi 18 décembre 2018, venez rencontrer et échanger avec la sociologue Danièle LINHART au Balbuzard Café, sur le « salariat sans subordination ».

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Informations pratiques et conditions d’entrée

  • Participation : 10 € (consommation non comprise) à verser le soir de la conférence. Cette participation permet à notre association d’organiser ses conférences, débats et rencontres. Merci de votre compréhension.
  • Inscription : cafe.sante.travail@gmail.com

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* https://www.monde-diplomatique.fr/2017/07/LINHART/57684