[PARIS] Médias, politique et journalisme politique

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Café Actu Médias : Thierry VEDEL, Frédéric DABI, Pierre-Marie VIDAL

[PARIS] Médias, politique et journalisme politique

Deuxième Café Médias de l’association Thucydide

Café Médias, politique et journalisme politiqueUne trentaine d’étudiants en journalisme et jeunes journalistes ont participé au débat en posant de nombreuses questions, notamment sur la dépendance/ indépendance des journalistes à l’égard du pouvoir politique.

Les trois intervenants ont permis de mieux saisir les arcanes du milieu journalistique et des relations médias-hommes politiques, à dissocier des relations journalistes-hommes politiques. Un conseil a été donné aux futurs journalistes : ne jamais croire ce que dit un homme politique lors d’une interview ; à la suite de l’interview, le bon journaliste doit vérifier et recouper tout ce qu’a dit son interlocuteur…

Les intervenants

  • Thierry VEDEL, chargé de recherche CNRS au CEVIPOF (Centre de recherches politiques de Sciences Po). Ses thèmes de prédilection : communication politique, internet et politique, régulation des médias.
  • Frédéric DABI, directeur du département Opinion et Stratégies d’entreprise à l´IFOP.
  • Pierre-Marie VIDAL, rédacteur en chef de Profession politique et de Acteurs publics.

 

Édito d’Eddy FOUGIER, co-organisateur des Cafés Médias

L’« ultra gauche » ou l’effet de cadrage des médias

Un exemple récent permet de montrer que l’un des principaux effets des médias est ce que l’on appelle l’effet de « cadrage ». Il s’agit de la capacité qu’ont les médias de donner une tonalité particulière à une information. Or, c’est en général ce que retiendra le grand public. Il ne se souviendra plus vraiment du détail de l’information mais de la coloration particulière qui était donnée dans les médias. Le mardi 11 novembre 2008, 10 personnes sont arrêtées puis placées en garde à vue dans le cadre de l’enquête sur les actes de sabotage visant des lignes TGV. Lors d’une conférence de presse, la ministre de l’Intérieur parle à leur propos de personnes « appartenant à l’ultra gauche, mouvance « anarcho-autonome » » et mentionne « les risques de résurgence violente de l’extrême-gauche radicale ». La plupart des médias ont alors repris à leur compte la qualification de ce groupe – « ultra gauche » –  en parlant même d’« ultra gauche radicale » (France info, 12/11/2008) et surtout le « cadrage » officiel de cet événement en considérant qu’ils s’agissait là d’une sorte de bouillon de culture susceptible de déboucher sur des mouvements terroristes à l’instar de ce qui s’est passé dans les années 1970 avec Action directe ou la Fraction armée rouge. Ils vont ainsi s’efforcer de conforter cette thèse en faisant appel à divers experts qui développent le même type de « cadrage » que le gouvernement. Le 12 novembre, France info interroge Jean-Pierre Pochon, ancien responsable des Renseignements généraux « qui a participé à la traque d’Action directe dans les années 80 ». Il fait effectivement état de similitudes avec les mouvements de cette époque. Xavier Raufer, criminologue, connu pour ses positions plutôt « sécuritaires », est également interrogé par la radio d’information continue. Le même jour, Libération publie une interview du criminologue Alain Bauer. Celui-ci explique que « cette résurgence d’une ultra-gauche se fait sur le modèle du terrorisme de la période précédant Action directe ». Il en est de même pour le site lepoint.fr où le politologue Jean-Yves Camus affirme qu’« on est pour l’instant au stade préterroriste », phrase qui est reprise dans le titre donné à l’interview.

Dans ce contexte, peuvent fleurir les amalgames et les titres alléchants pour appâter quelque peu le lecteur. Sur le site lexpress.fr, le journaliste d’investigation Jean-Marie Pontaut revient le 11/11 sur le contexte général du « retour d’une ultra-gauche radicale » en mettant dans un même sac les assassinats perpétrés par les Nouvelles Brigades rouges en 1999 et 2002 et les actions des Blacks blocs lors de manifestations altermondialistes, qui sont des actions violentes visant les biens et non les personnes, ce qui n’est pas tout à fait la même chose. L’exemple de l’édition du 13/11 du Parisien est également intéressant de ce point de vue. L’information fait la « une » et les pages 2 et 3 y sont entièrement consacrées. Les titres et chapeaux sont très alléchants : « Les secrets de l’enquête. Notre journal révèle les étonnantes découvertes des enquêteurs » (en « une »), « SNCF : les étonnantes découvertes des enquêteurs » (pp. 2-3). En même temps, le contenu des articles l’est beaucoup moins : « Hier soir, après une quarantaine d’heures de garde à vue à la suite de l’arrestation de dix suspects, la prudence restait de mise dans l’enquête sur le sabotage des trains », « rien ne permet pour l’heure d’imputer à tel ou tel les dégradations ferroviaires des jours derniers ».

Ce que l’on peut reprocher à certains médias, c’est tout simplement d’avoir repris sans beaucoup de recul le « cadrage » effectué par le gouvernement et d’avoir par conséquent développé la thèse selon laquelle nous serions dans cette affaire dans du « pré-terrorisme » alors qu’au moment où ils avançaient cet argument, ils n’en avaient pas vraiment la preuve en dehors des affirmations gouvernementales et de quelques « saisies troublantes » pour reprendre l’expression du Parisien comme du matériel d’escalade ou un « manuel de l’insurrection ». Or, c’est peut-être cette vision qui va rester dans la tête du public à propos de cette affaire alors que, depuis longtemps, il aura oublié le détail des informations.

 

 


La première chose sur laquelle on fait beaucoup d’erreurs, c’est qu’on croit que la liberté d’information, le droit à la liberté de la presse, c’est un droit du journaliste. Mais pas du tout, c’est un droit du lecteur du journal. C’est-à-dire que ce sont les gens, les gens dans la rue, les gens qui achètent le journal, qui ont le droit d’être informés. Ce sont les gens qui travaillent dans une entreprise, dans un chantier, dans un bureau qui ont le droit de savoir ce qu’il se passe et d’en tirer les conséquences.
Jean-Paul Sartre, 1973


Médias, politique et journalisme politique,
un Café Actu-Médias organisé par l’association Thucydide

Cafés Actu Médias - Association Thucydide

Date

25 novembre 2008

Heure

19 h 30 - 21 h 00
Catégorie

Intervenants

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